Voyager au temps du coronavirus

Lectrice, lecteur,
Cet article traite du Covid-19 ou coronavirus. Il s’agit du cas de pandémie mondiale le plus extraordinaire que le monde est connu à l’heure actuelle. Extraordinaire par son ampleur et le nombre de personnes touchées.
En tant que voyageurs, nous voulions partager avec vous notre expérience et nos ressentis. Cet article ne vous énumèrera pas les gestes de base à suivre au quotidien que ce soit en France ou à l’étranger, vous pouvez trouver ça partout.
Si vous ne supportez plus d’entendre parler du coronavirus à longueur de journée, nous vous déconseillons de lire les mots qui suivent (ils risqueraient d’aggraver votre humeur déjà bancale).



NOTRE SITUATION ACTUELLE

Pour ceux qui se seraient retrouvés sur ce site par hasard : nous sommes un couple de voyageurs français partis voyager en Asie du Sud-Est en janvier 2020.

Notre projet initial était de partir plusieurs mois, voir quelques années. Nos objectifs étaient de rencontrer les locaux et comprendre leur culture ; de documenter notre aventure à travers des vidéos, photos et articles ; et surtout de le faire en évitant l’avion et de polluer davantage.

De grandes ambitions que nous avons dû revoir à la baisse alors qu’à peine quelques jours après notre arrivée les premiers bruits des ravages du coronavirus commençaient à ébranler le monde !
En effet, début 2020, le virus s’est rapidement propagé en Chine, avec des milliers de personnes contaminées, des hôpitaux construits à la hâte et des zones de quarantaine mises en place.

Retraçons rapidement une chronologie à peu près exacte de notre expérience de l’épidémie pour que vous puissiez comprendre notre situation de voyageurs en pleine crise du coronavirus.


La situation au Vietnam (où nous avons commencé notre voyage) est maîtrisée ; le pays met en place des restrictions, insiste sur le port du masque, le lavage des mains et ferme les écoles.
Le mois de février passe calmement pour nous. À nos yeux à ce moment là -et comme pour beaucoup- à nos yeux le virus reste une idée vague, trop lointaine de nous pour qu’elle nous atteigne réellement. Un peu comme regarder un film de Star Wars en sachant qu’on n’utilisera jamais des sabres laser nous-mêmes…
Puis juste avant le mois de mars les mauvaises nouvelles tombent : les cas explosent dans certains pays d’Europe, dont la France.

L’évidence frappe toute la planète d’un coup : les déplacements internationaux continuels ont exporté le virus dans quasiment tous les pays du globe et l’Europe est aujourd’hui l’épicentre de la pandémie. Peu à peu tous les pays ferment leurs frontières et plus d’un milliard d’individus se retrouvent en confinement.

Il n’y a que très peu de cas, au Vietnam, 16 pour être exacte dans les premiers temps. Puis début mars, des touristes occidentaux ramènent le virus et contaminent plusieurs personnes dans l’avion.
En quelques jours, le pays prend des mesures strictes. Toutes les zones où les touristes contaminés ont circulé sont fermées, toutes les personnes les ayant approchés sont en quarantaine et le port du masque, la prise de température et le lavage des mains deviennent obligatoire dans plusieurs lieux touristiques.
Mais le plus gros coup au moral pour nous arrive quelques jours après : la population vietnamienne commence à se méfier des étrangers et plus encore des occidentaux.


Être français complique la situation pour nous : comme l’Italie et l’Espagne; la France est à ce moment là en tête de liste des pays avec le plus grand nombre de contaminations et de décès. Un triste constat devenant un poids pour nous : nos passeports sont scrutés avec méfiance et nous devons nous plier à des contrôles imprévus.
Si les mesures prises ne sont pas agréables, elles ne nous gênent pas : elles sont maintenant nécessaires pour enrayer la propagation du Covid-19.
Mais très vite, le coronavirus nous transforme en objet de crainte et de rejet par les vietnamiens, encouragés par des annonces gouvernementales conseillant de ne plus loger et approcher des étrangers.

La situation devenant pesante pour nous, le 13 mars nous décidons à regret de quitter le Vietnam pour le Laos, où la situation pour les étrangers semble plus « sereine » -si l’on peut être serein en période de pandémie mondiale fulgurante bien évidemment.

Voilà comment nous nous retrouvons, ce 6 avril 2020, dans un petit appartement de Vientiane, capitale laotienne, à écrire cet article pour partager avec vous tout cela. Le premier cas officiel de Covid-19 au Laos a été annoncé vers le 21 mars et le gouvernement a proclamé un confinement du 1er au 19 avril pour toute la population.
Il faut avouer qu’il y a quelques mois on ne se serait jamais imaginé ici, confinés dans un petit appartement à quelques kilomètres du Mékong et de la Thaïlande. Mais bon, Mark Zuckerberg s’imaginait-il transformer le monde et les modes de communication dans son chambre d’étudiant ? Non, je ne crois pas non. L’imprévu faire parti de la vie !



LA QUESTION ÉCOLOGIQUE

Imprévu, le Covid-19 l’était encore récemment. Ou bien non, au contraire, certains l’avaient bel et bien anticipé mais personne n’écoutait… Beaucoup de scientifiques et spécialistes avaient annoncé le développement à venir de virus inconnus alors que la crise écologique le changement climatique s’aggravent de jour en jour.

Parmi les raisons avancées, ils montrent du doigt la fonte des glaces et les activités de forage dans les régions polaires et dans le « pergélisol » (ou « permafrost » en anglais). Il s’agit des sols glacés en permanence. Plus les scientifiques étudient celui-ci, plus ils affirment que des maladies anciennes et potentiellement mortelles y résideraient. Le risque serait donc de libérer d’anciens virus -certains de la famille des virus géants– dans l’eau et l’air.
En 2015, un virus géant vieux de 30 000 ans, surnommé le Mollivirus sibericum, a été découvert dans le pergélisol de l’extrême Nord-Est de la Sibérie.

Les écologistes et collapsologues parlent des risques liés à la surexploitation des ressources naturelles et l’élevage intensif depuis longtemps et la crise que nous vivons confirment leurs mises en garde.
Le coronavirus se serait transmis de la chauve-souris à l’Homme par l’intermédiaire d’un pangolin, une espèce en voie de disparition, chassé pour sa chaire et ses écailles, utilisées en médecine chinoise. Le pangolin est actuellement une des espèces les plus braconnées par l’Homme puisqu’un pangolin est capturé toutes les 5 minutes dans la nature.


Des chercheurs de l’école de vétérinaire de l’Université de Californie ont récemment mené une étude sur les « zoonoses », des maladies transmissibles de l’animal à l’Homme. Christine Johnson a dirigé l’étude ayant eu lieu avant la pandémie et en conclue que les les manipulations humaines de la faune sauvage et la destruction des habitats naturels créent des circonstances favorables au développement de ces zoonoses virales.

Selon Serge Morand, chercheur au CNRS, plus de 70% des épidémies des dernières décennies étaient d’origine animale, que ce soit des animaux sauvages ou domestiques. Il étudiait récemment d’autres cas de coronaviridés présents chez des chauves souris et ayant touchés l’Homme via des cochons domestiqués dans des élevages et abattoirs de Malaisie.
En manipulant totalement les milieux naturels et la biodiversité, l’être humain a réussi à son insu à créer des transmissions de maladies entre des espèces non coexistantes auparavant et touchant directement les populations humaines.

En faisant des recherches pour comprendre la situation mondiale, nous avons découvert qu’énormément de maladies très connues chez nous viennent des animaux domestiques, comme la varicelle, la grippe, la variole ou encore les oreillons pour ne citer qu’eux. Par exemple, dans le cas de la grippe, le virus arrive généralement par des oiseaux sauvages, passe par le cochon pour « s’humaniser » et contaminer l’humain.


Plus d’un million d’espèces sont aujourd’hui en voie d’extinction et pour les chercheurs, tous ces bouleversements dans la biodiversité ont pour effet de perturber le système naturel de régulation des virus.

Pour tous ces scientifiques « la crise écologique crée la crise sanitaire ». Après toutes ces découvertes, notre conscience écologique est d’autant plus renforcée. Comment ignorer tous les problèmes qui se posent à nous depuis des décennies ? Certains qualifient aujourd’hui cette crise mondiale de « sonnette d’alarme » pour l’humanité. D’autres répondent que la sonnette d’alarme est tirée depuis bien longtemps et qu’aucun changement n’a lieu.

Il est cependant indéniable que si cette crise sanitaire mondiale fait du mal à l’espèce humaine, le reste de la planète profite de ces quelques semaines de répit. Vous avez certainement vu les images des villes réinvesties par les animaux ; des ciels dégagés dans les grandes métropoles du monde ou encore de l’indice de pollution de l’air descendant de jour en jour.
Comme toutes les personnes préoccupées par la cause écologique, nous regardons ça avec espoir.


QUEL FUTUR POUR LE VOYAGE ?

On entend souvent que tous les voyageurs vivent au jour le jour. Mais en réalité, nous avons toujours une petite idée de ce que nous ferons dans les jours à venir…
La situation mondiale fait qu’actuellement, nous ne savons réellement pas de quoi demain, ou le mois d’après, sera fait. Est-ce qu’on sera toujours à Vientiane dans 2 mois ou de retour dans nos campagnes françaises, un verre de vin à la main et du fromage dans la bouche ?

Cette réalité nous atteint tous et nous ne sommes pas les plus à plaindre, loin de là.
Il est essentiel pour nous deux de se rappeler que si nous sommes actuellement en « pause », comme beaucoup le monde, lui, n’a pas ralenti. Il tourne encore même sans 1 milliard de personnes.

On voit régulièrement comment cette situation touche les populations démunies, comme dans des bidonvilles en Inde où la police passe sévir ceux qui tentent de trouver à manger ; la ville de Guayaquil en Équateur qui ne sait plus quoi faire de ses morts ; ou bien au Laos où des collectes s’organisent pour récolter de la nourriture pour les plus pauvres qui sont obligés de sortir travailler pour manger.


Nous sommes en pleine ère de mondialisation. Tout va vite, loin. Les distances sont affranchies grâce aux moyens de transport à la pointe de la technologie et aux réseaux de communication hyper développés. Il est possible de traverser le globe en quelques heures. Le tourisme s’exporte toujours plus loin de son pays d’origine et les déplacements professionnels sont constants et habituels.

En s’adaptant à nos sociétés contemporaines, l’épidémie a pu atteindre une ampleur incroyable. Pour se multiplier rapidement, le coronavirus a suivi notre exemple. Il est monté en voiture, a essayé le train, s’est invité sur des bateaux et, surtout, il a pris l’avion.

Alors, depuis plusieurs semaines, on ne voyage plus, on attend. La question plane pour chaque voyageur : rentrer ou persister ?
Beaucoup, comme nous, attendent tranquillement quelque part que les choses évoluent. Encore une fois, comparé à beaucoup, nous avons de la chance !


Pourtant la question a pris un sens inédit depuis quelques semaines. Les baroudeurs des 4 coins du monde, qu’ils soient voyageurs d’une semaine ou d’un an, ont dû se poser de nouvelles questions. Quand la pandémie sera maîtrisée, le virus n’aura pas disparu et d’autres problèmes viendront. Et si ce n’est pas le Covid-19, ça en sera peut-être un autre. Et nous le savons tous, la crise sanitaire deviendra -si elle ne l’est pas déjà- une crise économique.

Certains spécialistes prédisent en plus de la crise économique, une grande crise culturelle. Ils annoncent des changements dans nos modes de vie, dans les mentalités. Et malgré nos doutes, on ne peut s’empêcher d’espérer que ce sera le cas. Peut-être que cette année 2020 ouvrira la porte à une décennie de nouveautés et que les questions écologiques seront enfin prises au sérieux.

Aujourd’hui, nous devons tout remettre en question. Au niveau individuel, mais bien plus largement que cela. Nous questionnons notre mode de vie, nos projets, nos idées sur la vie et nous-mêmes. Si ça fait peur, chaque grand changement dans l’Histoire a commencé comme ça.
Alors aujourd’hui, en tant qu’individu et en tant que groupe, il faut se questionner. Et pour les voyageurs : il faut se réinventer, trouver des alternatives.

En ce qui concerne l’avenir de notre voyage, on est très sceptiques. Mais d’autres viendront un jour, différents et toujours plus en adéquation avec nos valeurs écologiques.

4 thoughts on “Voyager au temps du coronavirus”

  1. Merci pour cette prise recule. Nous sommes attachés à notre quotidien et nos petits soucis « humains », alors que la terre nous rappelle que nous sommes locataires et que nous risquons l’expulsion si nous ne respectons pas les règles. Est ce que 2020 sera suffisant comme message ? L’avenir nous le dira et mille merci de ce message. Plus nous seront nombreux à le véhiculer, pas de risque sanitaire avec les réseaux sociaux 😃, plus la prise de conscience sera importante. Est ce que notre vie de consommateurs est plus importante que notre vie ? 🌴

    1. Merci pour ta réponse et de partager ton avis !! Bien d’accord avec la dernière phrase ! Je pense qu’il faut sacrifier un certain « confort » qu’on considère acquis et banal pour revenir à des choses essentielles… Mais seul l’avenir nous dira si nos sociétés sont prêtes 😉

  2. Bonsoir
    Merci d’avoir partagé avec nous vos doutes et vos espoirs ! J’admire tous les jours la prise de conscience des jeunes générations là où la notre a tant de mal à sortir de ses habitudes !
    Bon courage pour la suite du périple !

    1. Merci beaucoup d’avoir pris le temps de laisser un commentaire 🙂
      Effectivement certaines générations (et groupes sociaux ne nous mentons pas) sont plus sensibles que d’autres à ce sujet. Mais il est tellement omniprésent aujourd’hui qu’il va devenir de plus en plus difficile de l’ignorer. En tout cas nous on va essayer de faire notre part à notre petit niveau.
      Bonne soirée !

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